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1ère étape
:
Calenzana-Ascu
22km, 3100+, 2000-
Départ de Calenzana à
8h30 après un petit transfert en bus.
L’arrivée sur Calenzana nous laisse
entrevoir les hostilités de la journée.
Le massif montagneux semble abrupt, sans compromis.
8h30 Le départ est donnée. Dès
les premiers mètres la pente se raidie.
Aussitôt un petit groupe de 3 coureurs (Patrick,
Gilles et moi-même) prend la tête.
Une petite descente permet à Gilles et
moi-même de creuser l’écart
sur Patrick. Mais l’ascension reprend. Le
sentier est de plus en plus raide et escarpé.
L’écart s’est déjà
creusé avec les autres coureurs. Un petit
raidillon permet à Gilles (très
à l’aise dans les passages techniques)
de prendre la tête. Il avance rapidement
100 m devant moi. J’arrive péniblement
à maintenir l’écart. Avant
l’arrivée sur la crête de FUCU,
le Gr20 tourne brusquement à droite, signalé
uniquement par un cairn un peu plus haut. Cependant
un sentier continue aussi dans le prolongement
du GR. Gilles ne fait pas attention et s’engage
dans la descente. Le temps que je m’aperçoive
de son erreur qu’il est déjà
hors de portée. Je prends à droite
tout seul en tête. Par la suite nous apprendrons
que de nombreux concurrents ont fait la même
erreur.
Le chemin devient plus plat à flanc de
montagne. Je décide d’accélérer
le rythme jusqu’au refuge de Piobbu.
Gilles me rattrape alors juste avant la Mandriaccia.
Il me dépasse. Je ne peux que le laisser
partir dans la montée vers le col d’Avortolli.
Je fais un peu plus calmement la descente sur
le refuge de Carrozu. La prochaine montée
est longue (1000m d+) et le GR ne fait que commencer.
Je franchis rapidement la passerelle du refuge
(à la stupeur des randonneurs) pour attaquer
la dernière ascension. Gilles est déjà
bien loin. Je ne le vois même plus. Enfin
la crête arrive. J’aperçois
le village d’Ascu signifiant l’arrivée.
Je descends, en contrôlant pour ne pas trop
traumatiser mes jambes pour ce premier jour, jusqu’à
la station de ski.
Résultat 6h15.
2ème étape
:
Ascu-Castellu di Vergio.
21km, 2000+, 2000-
La petite étape du GR20
mais aussi la plus technique puisqu’elle
comprend le fameux cirque de la solitude.
Au petit matin, les mines des concurrents ne sont
pas réjouies. En effet le temps est très
frais, il pleut et le massif est bouché.
Lors du briefing, Didier Chaussade donne les consignes
: » La course partira mais en binôme
pour le passage du cirque. »
Je me retrouve donc au départ avec Gilles,
mon compagnon de la veille.
Le départ (encore une fois) se fait sur
les chapeaux de roues. Aussitôt l’écart
se creuse entre notre binôme et les autres
coureurs. La montée sur le cirque se fait
à très bon rythme (plus de 1000m
positif/heure). Il faut dire que la pluie et le
froid ne donne pas envie de s’attarder.
Nous rentrons dans le cirque de la solitude à
peine en 1 h de course. Sa réputation de
passage technique n’est pas usurpée.
En effet les parois sont abruptes et la pluie
battante ruisselant donne l’impression de
grimper dans une cascade. Gilles est toujours
aussi bien sur ce type de terrain. Il donne le
rythme sautant d’arête en arête.
En 1h40 nous atteignons le 1er refuge (Tighiettu).
Le GR nous fait alors traverser plusieurs fois
des ruisseaux qui avec les conditions climatiques
sont devenus de véritables torrents. Il
faut alors bien choisir son passage pour se mouiller
au minimum les pieds. Même si le sentier
reste à flanc, la nature du terrain (pierriers
et rochers) ne nous permet pas de courir relâcher.
L’attention est de chaque instant. La montée
jusqu’au refuge de Ciuttolu se fait sur
des gros blocs de pierre, toujours sous la pluie,
mais adhérents assez bien à notre
grande surprise.
Nous redescendons ensuite dans une petite vallée
en longeant un cours d’eau très actif.
Celui-ci nous vaut d’ailleurs quelques frayeurs
lors des multiples traversées.
Enfin un petit panneau affiche Col de Vergio signifiant
l’arrivée. Heureusement car la pluie
et le froid ont fatigués les organismes
et le coup de fringale guète.
Il est 11h58, nous arrivons à la station.
Super on va pouvoir se faire un petit repas.
Je mange donc en tête à tête
avec Gilles. Cela nous permet de faire un peu
plus connaissance.
Résultat 4h58
3ème
Etape :
Castel di Vergio- Vizzavona
44km, 3100+, 3591-
L’étape
s’annonce longue. La température
a chuté de quelques degrés au petit
matin. De plus, le vent s’est levé.
Cependant rien au départ ne laisse présagé
les heures à venir.
Le départ se fait en masse joyeusement.
Le rythme s’est calmé au fils des
jours. Les concurrents courent ensembles sur les
premiers kilomètres. C’est un petit
sentier en sous bois bien agréable après
les pierriers que l’on a connu sur les étapes
précédentes. La première
montée arrive. Le rythme reprend un peu.
Il faut dire que cette étape comporte une
porte horaire à 14h à la cascade
de Meli. Cette porte semble difficile à
passer. Dans tous les cas, il ne faut pas trop
traîner. Les concurrents de tête le
savent. Le passage de la première montée
se fait ensemble (5 concurrents). Par contre dès
la première descente, Gilles et moi-même
creusons l’écart. Gilles m’impressionne
toujours autant en descente, sautant de rocher
en rocher, ces trajectoires sont précises,
toujours justes, et ses appuies infaillibles.
Pour ma part, les jambes, au troisième
jours, sembles un peu traumatisées de l’étape
de la veille menée tambour battant. Rapidement
mes sensations s’avèrent justes.
Je peine à suivre Gilles.
Dans
la descente sur le lac de Nino, il me lâche.
Même la longue course, sur le sentier «
écossais », au milieu des ruisseaux,
chevaux sauvages et brouillard, ne me permet pas
de revenir sur lui. De plus, le vent, de plus
en plus présent, me glace les jambes, ne
favorisant pas le rendement musculaire. La brume
envahit tout le massif à partir du refuge
de Manganu. Le froid est alors de plus en plus
saisissant (surtout pour un marseillais). Je perds
Gilles de vue dans la montée vers la brèche
de Capitelo. Ce passage sur la crête jusqu’à
Punta Muzzella est pour moi interminable.
Tout seul dans la brume, le vent, et la pluie
sur cette arête toujours aussi technique,
la progression est lente. Le froid me tétanise.
La veste gore tex ne suffit pas à me réchauffer.
Ce passage sera pour moi le plus dur du GR20.
C’est dans ces moments là que la
notion de Raid prend toute son envergure. Il ne
faut plus réfléchir, il faut progresser
sans perdre de temps. Ne jamais s’arrêter
pour ne pas se refroidir. De plus la porte horaire
se ferme de plus en plus. Il me faut presque 2h
pour sortir de cette maudite crête et plonger
vers le refuge de Petra Piana. Mais le mal est
fait. Les jambes sont de plus en plus dures et
le moral bien bas. Des douleurs aux genoux se
réveillent par la fatigue et le froid.
Arrivée au refuge, il reste à peine
1h pour passer la porte horaire. Un long chemin
descendant, le long d’un ruisseau, permet
d’arrivée à ce point tant
attendu. Mais à son habitude, le sentier
du Gr n’est pas roulant. Des pierres, toujours
des pierres. La concentration doit être
maintenue malgré la fatigue. 13h45 (soit
15’ avant la fermeture de la porte), j’arrive
enfin à la porte horaire et la pluie redouble
d’intensité. Gilles est déjà
parti à l’assaut de Ponte Muratello
(patate de 1200m positif, l’ascension se
faisant constamment sur la crête).
L’étude du profil faite la veille
ainsi que les conditions climatiques me font renoncer
à partir seul sur cette dernière
section. J’attends donc les concurrents
suivants.
Une heure après moi « le couple du
GR20 », (Kim et Bruno –mais tout le
monde avait deviné), et Patrick arrivent.
Ils semblent bien éprouvés eux aussi
par le passage précédent. Malgré
l’autorisation (voir l’encouragement)
donnée par Didier Chaussade (l’organisateur)
pour faire la dernière section ensemble,
nous décidons collégialement d’arrêter
là.
La
course est alors neutralisée.
Gilles sera donc le seul à finir cette
étape. Il arrivera 3h plus tard à
Vizzavona marqué par cette étape.
Ces capacités, encore une fois, forcent
l’admiration. Le récit de son ascension
et des conditions de la descente nous rassure.
Je pense alors que nous avons fait le bon choix.
Résultat 6h30 (15km et 1200+ non effectués).
4ème
Etape :
Vizzavona-Rau Forcinchesi
Annoncé 54km, 4000+, 3300-
Réalisé 38km, 3000+, 2000-
C’était
la grosse étape prévue sur le GR20.
Cependant les conditions dantesques des jours
précédents modifient quelque peu
le parcours. Un bivouac était prévu
sur cette étape, mais la route forestière
permettant à la logistique de rejoindre
le GR est impraticable (le ruisseau devenu un
torrent est infranchissable pour les camions).
Le bivouac se fera donc sur une crête à
1500m d’alt au 38ième km.
Cela veut dire aussi que l’étape
de demain fera 16 km de plus.
L’étape de la veille a laissé
des traces et en prévision de celle de
demain, je décide de faire la course avec
« le couple », kim et Bruno, troisième
au classement.
Le départ se fait par un petit sentier
de terre (enfin, ça existe aussi sur le
GR20), permettant d’allonger la foulée
mais nécessitant des relances constant
par son profil type tôle ondulée.
Il y a encore une porte horaire à 14hj
au col de Verde.
Gilles part rapidement devant.
La végétation depuis Vizzavona a
changé le GR passe beaucoup plus en sous
bois, le massif est moins abrupt et laisse découvrir
de large vallée.
Devant Kim, Bruno, Patrick, et Claude, je mène
le rythme, les obligeant parfois à être
en surrégime. Je relance souvent et Kim
enchaîne, entraînant le reste du groupe.
Notre club des 5 avance bien. Si bien qu’à
la crête de Caroo nous reprenons Gilles
en visu. Je force un peu plus le rythme pour recoller
à lui. L’étape de la veille
a laissé aussi des traces sur lui. Cela
le rend un peu plus humain. Il faut dire qu’il
a fait quand même 3h de plus que nous et
1200+)
Encore une fois dès la première
descente vers le pont de Cassacie, Gilles et moi-même
lâchons le groupe de Kim, Bruno, Patrick
et Claude. Le sentier, vers le col de Verde est
interminable, pratiquement sur la même courbe
de niveau mais en dents de scie. Nous passons
au col à 11h58. Personne n’est présent
à cette porte horaire, nous enchaînons
sur la montée vers Punta Cappela. Le vent
est toujours la, mais la température est
plus clémente que les jours précédents.
Le bivouac doit se faire au pied d’un pylône
EDF. Lors du passage au sommet de Punta di Campitelli
nous l’apercevons. Il nous faudra cependant
encore presque 45’ pour l’atteindre.
L’arrêt de la course se fera donc
500 m après Bocca di Laparo
Résultat 6h53.
A
l’arrivée, une dizaine de tentes
sont installées sur la crête. Le
vent commence à souffler de plus en plus
fort.
A peine le temps de se changer, en profitant d’un
rayon de soleil, de se faire masser dans le camion
transformé pour l’occasion en cabinet
de soins, que la brume envahie le site. Tout le
monde regagne alors en binôme sa tente,
en attendant le repas, ayant lieu dans une cabane
de chasseur, en contrebas, dans la forêt.
Cette fois, je partage la tente avec Gilles. Au
fil des étapes les liens se créent.
Je découvre alors quelqu’un avec
un beau palmarès mais d’une grande
modestie et humilité. Il faut presque le
harceler de questions pour qu’il raconte
ses exploits (1er à la Grande traversée
des Alpes, Himalaya Race …)
Le
repas sera très convivial malgré
le froid toujours présent.
5ème
étape
Bocca di Laparo-Conca
Prévu 33km, 1868+, 3255-
Réalisé 49km, 2800+, 4500-
Nous
devons rattraper, sur cette étape, les
16 km non parcourus la veille. Cette dernière
étape devient donc monstrueuse pour ces
4500m de dénivelé négatifs
et sa distance.
En sortant de la tente nous avons l’impression
de sortir en haute montagne. Le brouillard empêche
de voir à plus de 50m le vent souffle à
70km/h environ. La pluie présente toute
la nuit a cessé.
Le départ se fait à 6h30 à
la lueur des lampes frontales. Une porte horaire
est instaurée à 14h au col de Bavella.
Cette fois je ne me suis pas fais surprendre par
le froid. Je pars avec bonnet, gant, polaire,
veste et pantalon Goretex. Les deux premiers kilomètres
se font côté Est de la crête
et donc à l’abri du vent. Mais le
bruit dans le feuillage nous laisse imaginer le
temps qui nous attend sur les hauteurs.
Nous ne nous trompons pas. Le passage sur l’arête
de Manda est très exposé. Le vent
est terrible. On ne voit toujours pas à
plus de 50 m. Rapidement les concurrents se trouvent
distancés de nous (Gilles et moi). La première
crête est vite avalée. Nous pouvons
enfin, avant le mont Incudine, dérouler
un peu. Nous traversons l’endroit où
nous aurions dû faire le bivouac. Avec beau
temps le site aurait été exceptionnel.
Rapidement la pente devient plus raide, plus de
pierres aussi. Nous passons maintenant sur la
crête du mont pour l’ascension sommitale.
Le brouillard et le vent sont toujours là.
La pluie arrive aussi. Nous voyons à peine
la croix située au sommet du mont Incudine.
Le froid est là mais nous savons que dès
la descente côté Est nous serons
à l’abri du vent. La veille, en étudiant
la carte, j’avais vu que la descente était
perpendiculaire à la courbe de niveau.
C’est bien cela. C’est une succession
de dalles abrupts et humide. Nous descendons droit
dans la pente en flexion constante sur les jambes.
Les quadriceps brûlent et l’on sent
que des traumatismes sont en train de se créer.
Cependant nous ne devons pas baisser le rythme
car aujourd’hui la porte horaire est proche.
La descente est vite expédiée. La
pluie devient de plus en plus forte. Lorsque nous
arrivons au refuge Asinau, nous sommes trempés.
Nous pensons alors aux autres concurrents, qui
doivent être dans l’ascension du mont
Incudine, avec le vent le froid et en plus la
pluie. Nous contournons maintenant les aiguilles
de Bavella. Nous sommes descendus de plus de 1000m
d’altitude. La pluie a cessé et le
vent faibli. Nous en profitons pour ôter
quelques couches de vêtement. Sur la carte,
ce sentier, jusqu’au col de Bavella, semblait
roulant, à flanc de colline. Mais à
son habitude le GR20 en a décidé
autrement. Le sentier est en fait en tôle
ondulé et amas de bloc rocheux. Nous comprenons
alors avec Gilles que nous serons les seuls à
passer la porte horaire.
13h15 nous arrivons enfin au col. Le vent est
toujours là mais le soleil apparaît.
Guilhem, l’osteo du staff nous a rejoint
pour faire avec nous la dernière section.
Nous repartons de plus belle. Le moral est bon
mais les jambes commencent à accuser la
descente du Mont Incudine. La nuit sous la tente
n’a pas été très récupératrice.
Jusqu’au refuge de Paliri, tout va bien
même si les descentes me font de plus en
plus mal aux jambes.
Au fil des kilomètres le mal empire. La
fin du parcours me semble interminable. A chaque
pas mes quadriceps me font mal. Le sentier est
une succession de montées (+100m positifs)
et de descentes. Je ne peux plus courir. Je dis
alors à Gilles de finir la course tout
seul devant, mais il préfère rester
avec moi pour finir ensemble cette aventure. Enfin
le village de Conca est visible. La dernière
descente se fera dans la douleur mais aussi la
joie de finir, mélange de sensations que
peut être seul le sport peut provoquer.
Sur le dernier kilomètre de route, j’essaie
de courir (le prestige peut être). L’arrivée
approche 500m, 200m. Mes jambes me font mal. Chaque
foulée est une douleur.
Enfin nous apercevons l’arrivée.
Gilles est derrière moi, toujours en retrait,
toujours grand. Nous finissons ensemble cette
belle aventure.
Epilogue
:
Ce
GR est vraiment superbe mais sans compromis surtout
lorsqu’on l’avale en 5 jours. Le sol
est technique (pierres, montées descentes
toujours très abrupt. Les quelques panoramas
dégagés que l’on a vu laissent
imaginer tout le potentiel du site.
Cette
aventure fut une incroyable aventure humaine.
Des concurrents tous supers, Tous d’excellents
coureurs sans fioriture comme on en voit que sur
des trails. Gilles fut l’exemple même.
Il aurait pu gagner haut la main toutes les étapes.
Mais il a préféré faire la
course avec moi. Au fil des étapes et des
efforts ce coureur peu bavard s’est livré.
C’est vraiment une personne exceptionnelle
que j’ai découverte. Il incarne à
lui seul ce que le trail est. Humilité,
dépassement de soi et respect des autres.
Merci à toi.
Merci
aussi au staff, dont l’organisation a su
s’adapter à des conditions climatiques
terribles. Il fallait avoir l’expérience
mais aussi la passion pour prendre les initiatives
qui nous ont amener au bout de ce GR. Beaucoup
d’autres organisations auraient stoppé
cette course.
Merci
aussi au staff médical qui tous les soirs
nous bichonnait pour nous remettre en forme (Merci
Deborah)
Seul
regret de ce GR, ne pas avoir fait l’ascension
de Ponte Muratello.
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